Voici un magnifique texte de Christian BOBIN qui illustre les difficultés d’entrer en relation avec une autre personne.
Etre vraiment soi-même peut être vécu comme un danger : puis-je prendre le risque de me « laisser être » dans cette relation ? Suis-je suffisamment en sécurité ?
Plusieurs directions sont parfois prises par les personnes pour se protéger et ainsi paraitre ce qu’elles ne sont pas.

Par delà les façades, par delà les « je devrais », par delà ce qui est attendu de nous ou ce que nous faisons pour faire plaisir à l’autre, tentons d’accueillir l’autre dans son humanité, dans son être authentique en ouvrant notre cœur. Etre présent l’un à l’autre, juste là dans l’instant présent.  Et ainsi pouvoir gouter à la lumière du monde…

Rencontrer l’autre…

«  Il est extrêmement rare de rencontrer quelqu’un, qu’on voie beaucoup de monde ou qu’on soit ce qu’on appelle un solitaire. La plupart des gens rendent très difficile de les rencontrer parce qu’ils ne sont pas vraiment dans leur parole ou parce qu’ils sont sans âme.

 Je fais toujours à l’autre le crédit de la nouveauté incroyable de son existence, mais ce crédit va s’user si l’autre a gâché cette merveille-là pour devenir comme tout le monde.

 Comment parler avec personne ? C’est impossible.

Parfois, le désir de partager est si fort que je vais quand même tenter ma chance, mais c’est souvent en vain : les opinions ne m’intéressent pas. Ce qui me touche, c’est quand l’autre a mis tout le poids de sa vie dans la balance des mots et que sa pensée s’appuie sur ça…

 Quand je suis né, on m’a proposé le menu du monde et il n’y a rien de comestible. Mais quand l’autre est vraiment avec moi : je bois une gorgée d’air, je mange une cuillère de lumière. »

Christian Bobin,
« La lumière du monde »

Paroles réveillées et recueillies par Lydie Dattas
Editions Gallimard 2001